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Interview/.SON EXCELLENCE, JEFFREY HAWKINS A BATON ROMPU : LA SITUATION SECURITAIRE, LES GROUPES ARMES RECALCITRANTS, LA PRESENCE MILITAIRE EN LIBYE ET A OBO, LA PRESSE PRIVEE ET SES ATTENTES EN RCA

septembre 14, 2016

 

« Les Etats-Unis, la première puissance mondiale, se sont impliqués à fond dans la résolution de la crise centrafricaine. Leurs interventions sont multiples et variées : diplomatique, humanitaire, financière (Minusca, Chaîne pénale, formation des jeunes à l’élevage des poulets), le processus DDRR, enfin la relance économique et le développement. Touadéra sera bientôt à Washington, face au président Obama, entouré des chefs d’entreprises et des bailleurs de fonds américains. Après la crise, viennent la reconstruction et le développement. Et les Etats-Unis sont omniprésents, au chevet de la RCA. La paix et le développement, tels sont leurs chevaux de bataille. Suivons son Excellence Jeffrey Hawkins,  Ambassadeur des Etats-Unis en Centrafrique, au micro de Centrafric Matin ».

 

Centrafric Matin (CM) : Bonjour, Excellence !

Jeffrey  Hawkins (JH) : Bonjour !

CM : Nous voulons connaître votre vision de l’évolution de la situation sécuritaire dans notre pays au moment où nous parlons.

JH : Je pense que la situation sécuritaire, comme chaque centrafricain le sait, est parfois complexe. Et certainement, on n’est pas totalement sorti de la forêt, parce qu’il existe toujours des groupes armés sur le territoire centrafricain. Il y a toujours des violences, des groupes armés comme la LRA qui sévissent dans l’Est du pays ; d’autres groupes, des Anti-Balaka, des ex-Séléka qui sont là. Et il y a des acteurs qui sont recherchés et qui militent toujours.

Donc, on ne peut pas dire que la situation sécuritaire est parfaite. La situation a aussi beaucoup évolué. Il y a un certain nombre d’évènements qui ont été cruciaux comme l’on sait : la visite du pape qu’on ne cesse d’en parler. C’était vraiment un moment très fort pour le pays et un moment de réconciliation. Il y a eu des élections qui ont changé la donne. Nous pensons qu’elles ont beaucoup aidé à ramener un peu de paix. Et donc, même si la paix reste instable et même s’il y a des acteurs néfastes qui agissent toujours, on a l’impression d’avancer.

Et maintenant, il y a un gros travail à faire. Et le Président de la République a fait les premiers pas. Il a déjà entamé les discussions avec les groupes armés. La présence de la Minusca est très importante même s’il n’y a pas une parfaite sécurité. Partout, la sécurité s’est nettement améliorée depuis deux (2), trois (3) ans. Et donc, on a des raisons pour être optimiste. Ce n’est pas pour autant qu’on est hors de danger, mais on a des raisons pour être optimiste. Et je pense qu’avec l’engagement du gouvernement, avec un processus de réconciliation, un désarmement qui commence, avec la réforme des FACA et éventuellement  le déploiement des FACA et des forces intérieures de sécurité, avec l’appui de la Communauté internationale et avec l’appui du gouvernement américain, on peut y arriver.

Et donc, je pense aussi que cette conférence de Bruxelles dont on parle tellement, est aussi importante. Parce que, une fois la phase d’urgence, la phase de violence passées, je pense et j’espère qu’on est entrain de sortir de cette phase. Il y a une autre phase, et ça, c’est la phase de reconstruction du pays. Et si on ne s’atèle pas à cette tâche très rapidement, toutes les transitions qui ont amené la guerre sont toujours présentes. Et donc, on peut revoir une réapparition des mêmes facteurs, des mêmes éléments qui étaient là. Donc, beaucoup de travail restent à faire. Mais globalement, je suis optimiste.

CM : En dépit de cet effort, il y a un ou deux groupes armés, disons qu’un seul qui est un peu plus important, qui continue à s’entêter. Qu’est-ce que vous en pensez ?

JH : Moi, je pense que la question est épineuse. Et j’en ai parlé, j’en ai discuté avec le président, avec les gens à la présidence qui travaillent sur cette question et avec les ministres du gouvernement. Je pense qu’on en a besoin et c’est à peu près l’avis du gouvernement. On doit d’abord, et je pense que c’est le plus important, faire un pas vers les populations des régions délaissées un peu par le passé, par Bangui : le Nord-est et d’autres régions du pays. Donc, on y va vraiment, et ça, c’est le travail du gouvernement et de la Communauté internationale de montrer à ces populations qu’elles ne sont pas oubliées. Parce que, quelque part, ces groupes armés ne sont pas plus que des bandits.

Il y a certaines revendications des populations reprises par les groupes armés qui sont importantes et qui doivent être prises en compte. Donc, on voit par exemple le président qui a voyagé à Kaga-Bandoro, à Bria et qui commence à parler, à discuter avec ces populations. Il y a des projets qui sont déjà en cours. Par exemple, les Nations-Unies avec la Banque Mondiale refont la route entre Ndélé et Kaga-Bandoro, donc un dialogue avec la population, une sorte d’inclusion et de réconciliation sont nécessaires.

Deuxièmement, il faut retirer les petits soldats du champ de bataille. Je pense que la meilleure façon de faire, c’est par le DDR : c’est d’offrir à ces jeunes qui ont été entraînés dans la guerre, une autre possibilité, quelque chose d’autre. Donc, encore une fois, avec le soutien de la Communauté internationale, nous avons l’intention d’aider un peu le processus financièrement. Par la suite, il y a un dialogue politique qui va se faire. Mais ça, c’est un dialogue entre Centrafricains principalement. Et le président a déjà commencé ce dialogue. Il a parlé avec les chefs des groupes armés qui ont posé un certain nombre de conditions. Mais il a dit qu’il est prêt à discuter avec ces gens-là. Et éventuellement après le processus de désarmement, le président va négocier politiquement avec ces gens. Donc ça aussi, c’est important. C’est regrettable car ni le gouvernement centrafricain, ni la Communauté internationale, ont les moyens pour imposer une paix. Donc la paix passe par la négociation.

Par la suite, il y a un certain nombre d’acteurs qui sont par leur comportement violents, par leurs crimes dans le passé ou qui seront plutôt recherchés et traduits devant la CPI dans le cas exceptionnel. Et ces gens-là, pour cette petite minorité, il faut une reforme plutôt musclée. Et déjà, on a longuement parlé des gens qui ont fui le PK 5. Mais au moins, même si l’opération n’était pas parfaite, et bien, on a mis la main sur certains acteurs violents et on les a traduits devant la justice. Et ces personnes sont entre les mains des autorités. Et ça aussi, c’est une bonne chose. Donc, pour ramener la paix, pour traiter avec les groupes armés, il faut une politique assez subtile et assez diversifiée.

CM : Et on s’est rendu compte que sur le plan international, les Etats-Unis interviennent militairement en Lybie. Et dans le Sud-est de la RCA, à Obo, il y a la présence des militaires américains. Pourquoi n’y a-t-il pas un contingent à l’intérieur de la Minusca ?

JH : En général, déjà on est ( éclat de rire), le fait d’avoir une armée assez puissante et avec le nombre de cet effectif, on a aussi un certain nombre de missions à accomplir. J’étais ce week-end même à Obo pour voir nos troupes. J’étais accompagné par le ministre de la Défense, l’inspecteur général des armées, le général commandant de l’EUTM,  le commandant des forces de la Minusca. Et c’est une visite très intéressante, parce qu’on était vraiment là sur place pour voir ce qu’on pourrait faire ensemble : la Communauté internationale, les Etats-Unis, les forces américaines, l’Union Africaine et les Centrafricains. Et là, il y a un bon travail qui est en cours.

Ce n’est pas tout à fait vrai qu’on ne participe pas parce qu’il y a justement des officiers américains à l’Etat-major de la Minusca. On n’a pas de contingent. Mais il n’y a pas que les troupes. Il y a aussi pour la Minusca elle-même : on finance presque 1/3 de l’opération chaque année. Donc pour une opération qui a un budget d’à peu près 600 milliards de F CFA, c’est un engagement assez important en forme, en équipe et en nombre de contingents. Il y a par exemple des Burundais qui viennent de partir. C’étaient nos véhicules qu’ils utilisaient ici sur place, parce que nous leur avons fourni ces véhicules. Donc, il y a un très fort engagement pour la Minusca et il y a un engagement militaire des Etats-Unis à l’Est et aussi au sein du quartier général de la Minusca. Donc, on est présent et on est avec vous.

CM : Au niveau du Comité Stratégique du DDRR, il semble que c’est constitué de la Communauté internationale dont les Etats-Unis. Quelle est la part de cette communauté internationale qui chapeaute le processus DDRR ?

JH : Pour le moment, on est, je pense très concentré sur Bruxelles. Et le premier pas dans chaque engagement de cette nature, est de trouver de l’argent. Je sais par exemple que la Banque Mondiale compte participer, ce qui est assez rare pour la Banque Mondiale. Ils sont beaucoup dans le développement, les infrastructures. Et là, elle passe. Comme il y a un fort besoin d’argent, elle passe dans ce domaine. On va la suivre. Je pense que c’est notre intention de passer, de participer financièrement à ce processus. Je pense qu’il y a d’autres pays, y compris les pays de la région qui pourraient être intéressés par ce processus. Mais, il faut rassembler cet argent, pour, par la suite, avoir un programme crédible à faire avec les groupes armés. Donc, on est à peu près à ce stade-là maintenant.

CM : Nous parlons maintenant de la presse. La presse privée centrafricaine n’a pas été épargnée par la crise. Aujourd’hui, le pays se remet peu à peu, mais la presse a du mal à se remettre dans la dynamique  de cette évolution. Est-ce que vous y avez réfléchi ? Avez-vous quelque chose à nous dire ?

JH : Oui, avec tout le respect que je vous dois, je pense que je dois me permettre d’être un peu critique, à quelques exceptions près, y compris vous-mêmes monsieur. Parfois, la presse centrafricaine fait preuve d’une certaine irresponsabilité. Et on a tendance à écrire plus sur les rumeurs, sur  « les ont dit », que sur les faits. Et à l’ambassade des Etats-Unis, on travaille beaucoup avec les journalistes, y compris vous-même. On aimerait bien élargir cette coopération, encourager encore les médias à être plus efficaces. Pourquoi ? Parce que nous avons tous des messages à passer à la population. Car si la population est bien informée des activités de la Minusca ou du gouvernement, des partenaires comme les Etats-Unis, elle se fait une bonne idée de ce qui se passe.

Et j’ai remarqué qu’il y a souvent des tendances à amplifier quelque chose qui apparaît dans la presse, comme c’est répété par des acteurs parfois un peu irresponsables. Puis, on voit les mêmes réflexions encore dans la presse, tandis que nous qui sommes bien informés, nous savons pertinemment que ces choses ne sont pas vraies. Ce sont des exagérations, parfois même des mensonges. Donc il y a vraiment un travail à faire. Et nous savons tous, vous et moi, tout le monde sait  que, même si la presse n’est pas un élément de la Constitution, c’est absolument crucial pour le développement de la démocratie.

Le président a beau été élu par le peuple centrafricain. S’il n’y a pas moyen de communiquer, il n’y a pas moyen de communication entre le gouvernement, entre l’Assemblée et le peuple, la démocratie ne fonctionne pas. Et donc, vous êtes ce moyen de communication. C’est vous qui menez la conversation entre les gouvernés et les gouvernants, entre les acteurs économiques, politiques et la population. Vous êtes absolument essentiel.

CM : Excellence, nous savons que les Etats-Unis sont en République Centrafricaine depuis longtemps et on aimerait savoir, de part votre engagement, qu’est-ce que vous attendez en retour de la République Centrafricaine ?

JH : Ce qui me plait beaucoup dans mon travail, c’est le contact entre le pays et les Centrafricains. Mais aussi, c’est que ma mission est simple. Il n’y a pas de confusion. Les Etats-Unis veulent la paix, la réconciliation, la stabilité surtout, parce qu’on s’inquiète. Il y a des menaces régionales comme Boko-Haram et on voit Daesh et autres. On cherche un pays qui est stable, uni, démocratique. Et on est prêt à soutenir ce processus. Et donc c’est très facile.

Ce qu’on attend de la République Centrafricaine et des Centrafricains, c’est juste ce que vous êtes entrain de faire déjà. C’est que vous construisez au lieu de détruire, que vous vous entraidez au lieu de vous vous entretuer. Vous voyez, c’est vraiment ça. Si vous faites preuve de bonne volonté, si les groupes armés déposent les armes, si les gens commencent à vivre ensemble, si les violences s’arrêtent au PK 5 ou ailleurs, donc, cela rend ma tâche d’ambassadeur encore plus facile. Parce que nous, nous reconnaissons le progrès. On veut le soutenir, l’encourager. C’est justement ce qu’on est entrain de faire.

Comme vous le savez, le président part bientôt pour New-York et Washington. Ça va être très intéressant. Il y aura un certain nombre d’engagements aux Nations Unies. Je pense qu’il y a une journée et une réunion consacrée à la République Centrafricaine. Si je ne me trompe pas, c’est le 23 septembre. Mais, il y aura d’autres activités. Ça va être très intéressant. Par exemple, le Président assistera avec ses confrères, chefs d’Etat africains à une grande conférence avec le président Obama et d’autres personnalités et les PDG des compagnies américaines sur le développement économique et sur les affaires en Afrique. Donc, on commence déjà à sortir un tout petit peu de l’optique de crise continuelle. On commence déjà à parler un tout petit peu de l’avenir du pays. C’est très bien. Cela  nous aide.

On va descendre à Washington avec le président Touadéra, pour voir les responsables américains. Et là aussi, on va parler de l’engagement de l’Amérique et de son engagement propre pour ramener la paix, pour développer ce pays.

CM : Excellence, vous avez touché au terrorisme alors que la RCA est pratiquement à la frontière de cet événement. Et ça fait peur à tout le monde. Est-ce que dans la réhabilitation des FACA, la police et la gendarmerie, les services de renseignements, d’enquêtes, cet aspect sera pris en compte pour que nous puissions faire face à ce phénomène ?

JH : Tout à fait. Parfois, j’avoue que je suis un peu étonné que les acteurs néfastes, les intégristes qu’on a vus au Nigéria, au Tchad voisin, au Mali, en Somalie, ils ne sont pas encore là pour l’instant. Et ce sont des groupes qui profitent des crises, des violences entre les communautés, d’une absence de l’Etat. Et donc les conditions étaient ou sont dans le passé assez propices pour ces groupes. Donc déjà, je m’étonne un tout petit peu du fait qu’ils ne sont pas là. Je me réjouis. Mais, ça m’étonne un tout petit peu. Il me semble absolument impératif de créer les conditions qui les repousseraient. C’est l’extension de l’autorité de l’Etat. C’est la réforme, le déploiement des forces intérieures de sécurité et des FACA.

C’est le renseignement, la coopération sécuritaire et militaire avec les partenaires : les Etats-Unis, les acteurs régionaux, la France et autres. Parce que, parmi tous les fléaux que vous avez subis déjà, on ne veut pas ajouter le fléau de l’intégrisme et du terrorisme à ce beau pays. Donc, le peuple centrafricain a assez souffert, je pense. On doit tous œuvrer pour empêcher ces gens d’opérer sur le territoire centrafricain.

CM : Un dernier message en direction du peuple centrafricain.

JH : Je me répète. Je n’en suis pas fier mais j’ai appris beaucoup du « Sango » depuis que je suis là. Et finalement, si je dois avouer la vérité, je ne sais qu’un seul mot de sango. Et ce mot est « Siriri, siriri , siriri », donc la paix. Je l’ai appris, parce que je l’entends tellement de la part de la population, plus que merci ou bonjour. J’entends « siriri, siriri, siriri », la paix, la paix, la paix.

Donc, c’est cela qu’on veut. C’est ce que nous voulons, les Etats-Unis. C’est ce que vous voulez, les Centrafricains et on doit travailler ensemble pour retrouver cette paix.

CM : Je vous remercie, Excellence.

JH : Merci beaucoup.

 

Propos recueillis par Julien BELA

 

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