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FONDATION ZINSOU A OUIDAH AU BENIN

septembre 27, 2016

 

Dans son danshiki (tissu tissé de trois pièces) qu’il arbore en bon garant de la tradition yoruba, Romuald Hazoumè est béat. Il est, à l’instar de Marie-Cécile Zinsou, présidente de la Fondation Zinsou et fille de l’économiste franco-béninois Lionel Zinsou, la vedette de cette soirée à laquelle a été convié un public de mécènes, de diplomates, d’artistes et de personnalités publiques ou politiques.

Le samedi 6 juin 2016 est célébré le onzième anniversaire de l’institution culturelle à but non lucratif portée sur les fonds baptismaux en 2005. A l’époque, il n’existait aucune structure dédiée à l’art contemporain au Bénin. Quelques artistes jouissant déjà d’une notoriété en Occident et présents dans les collections de grands musées étaient exposés au Centre culturel français. Pour Romuald Hazoumè, « Cela n’était pas suffisant. Mais il faut quand même remercier les Français ». Le projet d’ouvrir une fondation privée dédiée à l’art contemporain a été pour les créateurs l’opportunité de se faire connaître dans leur pays. Cependant, certains avaient tôt fait de voir en l’ouverture d’une telle structure dans un pays pauvre préoccupé par le chômage, la sécurité alimentaire, l’accès à l’eau potable ou la stabilité énergétique, un pari risqué. « Au début de la fondation, les gens ne voyaient pas l’intérêt. Ils n’étaient pas sûrs que cela serve à quelque chose. La question qui revenait systématiquement, c’était : Pourquoi une fondation d’art contemporain en Afrique ? Les artistes ne savaient pas ce que cela allait donner puisque moi, j’avais 21 ans et n’avais jamais fait d’expositions », raconte Marie-Cécile Zinsou. Le premier soutien est donc venu de Romuald Hazoumè. « Il est le premier artiste à nous avoir fait confiance. Alors, on s’était donné rendez-vous dix ans plus tard. Le temps est vite passé. Lui a eu un parcours assez incroyable ces dix dernières années. Nous, nous existons toujours », ajoute, enthousiaste Marie-Cécile Zinsou. En novembre 2013, la fondation a ouvert un musée à Ouidah, ville symbole de l’histoire de l’esclavage, en passe d’être classée par l’Unesco, pour exposer les œuvres acquises par la famille Zinsou, dont plusieurs stars africaines : Cyprien Tokoudagba, Samuel Fosso, Malick Sidibé, Seydou Keïta, Chéri Samba, entre autres. Outre les activités dédiées à l’art contemporain, la fondation a ouvert deux mini-bibliothèques dans des quartiers de Cotonou qui n’en disposaient pas, pour permettre aux écoliers d’avoir un accès aux livres et d’aiguiser leur goût pour la lecture. Cette activité n’était pas prévue au départ. « Les bibliothèques sont arrivées comme une surprise dans le parcours. Mais c’est aussi cela la fondation. C’est de s’adapter au public et de répondre à des besoins dans un secteur de culture et d’éducation », estime la présidente.

« Nous avons des expositions partout dans le monde, mais on rêvait surtout que nos pièces soient aussi vues dans notre pays », poursuit Romuald Hazoumè, connu pour son style singulier. L’artiste utilise des bidons issus du trafic de l’essence de contrebande pour représenter le peuple pauvre dans ses œuvres. La fondation Zinsou lui rend une nouvelle fois hommage en présentant ses œuvres dans une exposition éponyme « Romuald Hazoumè-Arè ». Il aborde cette fois des thématiques très politiques, avec des représentations du peuple martyrisé par les gouvernants. Il rend aussi hommage à un symbole de la culture yoruba, le culte Egoun (réincarnation du mort) dont la profondeur des connaissances est réservée aux seuls initiés. Le temps fort de la soirée a été le lancement de l’application Wakpon, qui veut dire en langue fongbé « vient voir ». Disponible gratuitement en ligne, pour Android ou IOS, elle fonctionne grâce à des images « magiques » (des motifs de pagne en mosaïque) auxquelles ont été associées des œuvres de différents artistes. Une fois ouverte sur l’écran d’une tablette ou d’un smart phone, l’application remplace l’image magique exposée au mur ou imprimée sur papier par des œuvres d’artistes majeurs qui y sont virtuellement associées.

Cette technologie de réalité augmentée, conçue par le Franco-Béninois Pierrick Chabi, permettra à des personnes qui ne peuvent pas avoir accès au musée de voir les œuvres à distance. Tout en donnant le temps aux invités médusés de s’approprier cette application 100 % made in Africa, Romuald Hazoumè, Marie-Cécile Zinsou et les 63 employés de la fondation se sont fixés encore un nouveau rendez-vous, dans dix ans.

 

Jonas DEMBA

 

 

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