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LA SOCIETE CIVILE CENTRAFRICAINE OBSERVE LES LIMITES DES FORCES INTERNATIONALES ET SE PROPOSE UNE MEDIATION A LA CENTRAFRICAINE POUR SORTIR DE LA CRISE.

mars 31, 2014

Les ONG de la Société civile ensembles ont donné une conférence de presse au Complexe 20000 places à Bangui pour donner leur avis sur la situation sécuritaire du pays. Autour de la table nous pouvons noter la présence de Gervais Lakosso, coordonateur du groupe de travail de la société civile sur la crise, Me Barthelemy Mathias Morouba, coordonateur du réseau des ONG de droits de l’homme, Joseph Bindoumi, de la Ligue centrafricaine de droit de l’homme, Bérénice Ouango Ndakala, représentante du G23, Me Bruno Hyacinthe Gbiégbia de l’ACAT et bien d’autres comme le Me Dangavo. La Société civile monte au créneau.
D’entrée de jeu, Gervais Lakosso dans la présentation du propos liminaire a observé que le désarmement dévolu aux forces africaines de la MISCA et française de la Sangaris tourne en rond. Il a dénoncé sans langue de bois la collaboration entre des éléments de la MISCA et les forces négatives en particulier la Séléka, mais aussi l’attitude politique du général Mokoko qui s’est contenté de faire des discours politiques au lieu de désarmer. Ce que le texte qualifie de désinformation de l’opinion nationale et internationale. Face à ce constat sans appel de la société civile, les conférenciers ont fondé leur rêve de sortie de crise sur trois points à savoir, dans un premier temps le désarmement des Anti-Balaka et de la Séléka conformément aux dispositions de la résolution 2127 et 2134 du Conseil de Sécurité, ensuite de permettre la reprise des FACA et autres forces de défense et de sécurité et enfin à la Communauté internationale d’appuyer financièrement la République Centrafricaine. Selon Gervais Lakosso c’est fort d’un constat d’échec de règlement militaire que la Société civile propose un règlement et une médiation à la centrafricaine sans avoir dévoilé le contenu et la méthodologie de cette médiation.
Le décor étant posé, tous les acteurs de la société civile ci-dessus cités ont profité du jeu questions/réponse pour expliciter cette convergence de vue ficelé dans une déclaration commune.
Pour Joseph Bindoumi, de la Ligue Centrafricaine de Droit de l’Homme, le constat est claire que les forces internationales engagées pour aider la RCA à sortir de la crise n’ont pas fait leur travail selon les règles de l’art et que la guerre n’a pas l’air de vouloir finir selon son analyse qui fait recoure à un précédent qu’il a pris comme exemple en citant le Libéria, la Somalie ou encor le Sierra-Leone ce à quoi Joseph Bindoumi ne veut pas pour son pays. il s’est posé plusieurs questions qui demeurent sans réponse au sujet de la guerre qu’a déclarée le général Jean Marie Mokoko aux Anti-Balaka, avant de dresser un tableau sombre des exactions commises par la Séléka. La cartographie selon Joseph Bindoumi n’est pas la même avec celle de la Misca au point que ce dernier n’écarte pas le remplacement de Jean Marie Mokoko comme un préalable et une évidence pour la paix.
En lui emboitant le pas, Me Barthelemy Mathias Morouba avec son ton digne d’un avocat en procès a posé sur la table le fondement juridique de l’intervention de la Misca avant de rappeler le général Mokoko à l’ordre car selon lui, le mandat est claire et qu’il n’existe pas une déclaration de guerre dans aucune disposition. Les autorités du pays n’ont pas de solution pour libérer le Km5, alors que la société civile a toutes les informations sur ce qui se passe à Boda et propose son plan.
Et comme il n’y a pas un sans deux, Me Bruno Hyacinthe Gbiégba n’a pas voulu parler de la balkanisation du pays mais soulève quant à lui un autre aspect tendant à demander à la Misca qui déclare la guerre le bilan du désarment de la Séléka.
Nous pouvons retenir l’unanimité qui se dégage au sein de la société civile autour d’un constat simple qui prouve que la France ne joue pas un jeu clair dans la recherche de la solution. En effet, les organisations de la Société civile sont fatiguées de proposer des solutions qui finalement dorment dans les tiroirs. Mais à un moment donné de l’histoire, il faut prendre sa responsabilité et proposer une feuille de route pour la sortie de crise, ce à quoi la société civile s’attèle. Mais pour Gervais Lakosso, la médiation n’est pas l’affaire de monsieur tout le monde. Il faut mettre les Anti-Balaka et les Séléka autour d’une même table et de discuter franchement. La solution viendra de l’intérieur et non de l’extérieur. Car la société civile dans sa démarche a identifié les tendances et sait par où commencer pour la paix et le bonheur du centrafricain. Mais si avec 8000 hommes les étrangers n’ont pas pu réellement aider la Centrafrique à se mettre sur pied, il faut essayer avec 10 personnes, cette démarche de la société civile longtemps mise à l’écart par les politiques et qui aujourd’hui se décarcassent pour ramener la paix.
Affaire à suivre
Jean Fernand Koena

LE GENERAL FRANCISCO SORIANO ENTRE LA PEDAGOGIE ET LA RECONQUETTE DE L’OPINION : « NOTRE DETERMINATION NE PEUT ETRE REMISE EN CAUSE, IL FAUT QUE LES CENTRAFRICAINS FASSENT BEAUCOUP POUR LEUR PAYS »

mars 31, 2014

C’est dans un contexte d’harcèlement des forces internationales et du dégout populaire quant au bilan de celle-ci que le Com-Force de l’Opération Sangaris, le général Francisco Soriano a donné une conférence de presse au Camp M’poko à Bangui le vendredi 28 mars 2013. L’objectif de cette conférence de presse était de faire le point sur l’évolution graduelle des activités sur le terrain de l’Opération Sangaris sous le commandement du général conférencier ci devant Francisco Soriano.
Dans son propos liminaire, le général français a présenté dans un premier temps le point de la situation consistant à ramener un niveau de sécurité minimal pour appuyer la Misca. L’application des mesures de confiance fondée sur l’impartialité en étroite collaboration avec les autorités locales. Selon le Com-Force, « il y a des moyens pour cela dont la confiance ». Mais cette confiance mise en exergue ne saurait résister à une analyse sérieuse tant la population ne voit pas encore clair dans la mise en œuvre de la Résolution 2127 du Conseil de Sécurité et pour laquelle la Société Civile tape du point sur la table pour exiger de ces forces internationales la mise en œuvre effective de la Résolution 2127. Faisant de la sécurité le fondement de son intervention, le général Francisco Soriano a mis en exergue la monté en puissance de l’effectif de la Misca ainsi que la venue prochaine des policiers et gendarmes pour le compte de l’Opération Sangaris en vue de mener des enquêtes.
Dans la première phase qui s’étend de décembre à janvier, Bangui a été ciblée comme zone d’application de mesure de confiance. Février et mars c’est l’Ouest du pays avec des actions précises telles que la sécurisation du corridor Béloko.
De façon pratique, pour des actions militaires et policières, le général a précisé que la ville est sectorisée sous la garde de la Misca avec l’appui de Sangaris qui vient en appui. La multiplication de convois qui permet la fluidité des produits sur le marché constitue un point non négligeable pour le général Francisco Soriano. L’objectif poursuivi par cette opération est de coopérer, expliquer, convaincre et rassurer en vue de remettre l’autorité de l’Etat en place.
A cet effet, les forces de l’opération Sangaris ont pour vocation de porter du coup aux fauteurs de trouble dont les Anti-Balaka. Il s’est réjouit du fait que la cohabitation s’améliore à Bouar, Carnot contrairement à Boda tout en déplorant la présence des cheick pointe tout au long de la route.
Selon le général Soriano, l’organisation de la sécurité dans la capitale est du ressort de la Misca avec une parfaite collaboration avec son homologue Martin Tumenta Tchomo de la Misca. Mettant ainsi en exergue la coordination entre les forces internationales.
Abordant le dossier de l’harcèlement politiquement correct, le conférencier a précisé qu’il existe les actions de criminalité qui impliquent le rôle de la police. Il a en outre présenté des armes qui ont été récupérées et de dire qu’il en reste beaucoup à détruire avant de plaider pour un sursaut individuel pour faire l’économie du chaos. Le général Français a mis l’accent sur l’aspect enquête pour déceler tous ceux qui instrumentalisent les forces.
Au fait, les raisons des attaques des Anti-Balaka sont délibérées à en croire le général Soriano car la protection de Km5 perturbe le projet des mouvements durs (Anti-Balaka). Leur mode d’action, leur détermination et la précision des tirs montrent que ce sont des professionnels et bien entendu des anciens militaires. Pour preuve, l’homme a brandi le cas du soldat congolais tué à Boali.
Face au réquisitoire sans appel de la société civile soulevé par le correspondant de Centrafric Matin au sujet du bilan de ces forces internationales et des difficultés qu’elles rencontrent, le général Soriano a précisé que « notre détermination ne peut être remise en cause » avant d’ajouter le prix du sang qu’ont payé ces forces internationales dont la Sangaris. Il ne faut pas minimiser la souffrance de la population, car le trop tard n’est au bon endroit. Mesurant la portée des critiques qu’il a qualifié d’éphémère, le général Francisco Soriano touche un autre point, celui des jeunes désœuvrés et manipulés. Le général Soriano a annoncé l’ouverture du « couloir de la mort » le samedi, ce qui a été fait.
Abordant le dossier du réarment des FACA, le général Soriano a brandi l’élément du droit international comme quoi le pays est sous embargo et que les armes qu’il a ramassées ne peuvent servir pour doter les FACA. Il a toutefois laissé une porte de sortie avec la mission des experts sur la question qui préoccupe le gouvernement de Catherine Samba Panza.
Sur ce, l’interprétation de l’embargo laisse la voie libre à la compréhension de la politique à double vitesse de la Communauté internationale. En effet, même si l’embargo il devait y avoir, cela n’empêche pas l’Opération Sangaris et la Misca de doter les Faca. Toutes les armes qui circulent dans le pays ont un numéro de fabrication et il est simple d’identifier les armes données aux FACA et en faire le distinguo avec les armes qui circulent.
En tout cas, l’argument du Général Soriano sur ce point ne plaide pas en faveur du retour immédiat de la paix, non seulement les forces internationales ne sont pas dans le pays pour aider et non pour se substituer à l’armée, il est donc inadmissible de continuer à raisonner de cette manière. Le gouvernement doit être au devant de la scène pour convaincre la Communauté internationale. Dans tous les cas, le jeu de dé est pipé lorsque ces forces internationales sont unanimes en assimilant les FACA aux Anti-Balaka sous le silence incompréhensible de l’Etat-major, il est donc normal qu’on continue de reléguer en arrière plan cette armée aujourd’hui considérée comme une armée privée et non l’armée nationale. Même dans la guerre le pays peut prétendre et se prévaloir de sa souveraineté et donc donnant à l’armée sa place dans le processus de pacification du pays. Certes il y a des brebis galeuses qui réclament l’identité de Bozizé, mais ce n’est pas pour autant une raison de privée tout une République de son armée qu’il admire tant.

Jean Fernand Koena

LE PRESIDENT DU PARLEMENT DE LA CEMAC VINCENT MAVOUNGOU FACE A LA PRESSE

mars 31, 2014

Une mission des parlementaires de la CEMAC conduite par son président Monsieur Vincent Mavoungou, a rencontré les autorités de la transition la semaine dernière. Avant de quitter Bangui, le président du Parlement de la CEMAC s’est entretenu le 27 mars 2014 à l’Hôtel Ledger Plaza Bangui avec la presse nationale. Selon lui, il s’agit d’une mission d’information. Il a adressé ses remerciements aux autorités centrafricaines ainsi qu’aux organisations internationales qui ont accepté d’échanger avec cette mission qui a également exprimé sa solidarité au peuple centrafricain. A la fin de cette mission, Monsieur Vincent Mavoungou a affirmé : « nous comprenons mieux les problèmes du peuple centrafricain et nous nous engageons… » Il croît que la situation en Centrafrique s’améliorera… et il a demandé aux parties en conflit un cessez-le-feu. A propos de la collecte d’informations sur la crise, de l’attente du peuple centrafricain, de leur satisfaction quant à la prestation des soldats africains, de la délocalisation de la commission de la CEMAC…, le président Vincent Mavoungou a fait savoir que cette mission est venue pour rencontrer toutes les parties centrafricaines afin de recueillir des informations pour son travail parlementaire. Cette mission aurait dû venir en Centrafrique en janvier 2014, a-t-il précisé. Cependant, elle a été empêchée à cause du regain de tension dans le pays. Elle est finalement venue le 24 mars dernier et a eu un entretien avec toutes les composantes. « Je ne peux pas vous donner beaucoup de détails réservés seulement aux chefs d’Etats de la CEMA », a-t-il souligné. La situation sécuritaire en Centrafrique, a-t-il poursuivi, est telle que la police et la gendarmerie ne peuvent intervenir. « Nous partons de Bangui avec une idée simple, corrigée », a-t-il répondu à la presse nationale.
Il a constaté sur le terrain que les chrétiens et les musulmans sont des Centrafricains qui s’entretuent… Les autorités centrafricaines restent dans le cadre prescrit par la résolution onusienne. En poursuivant sa longue réponse, le président du parlement communautaire a cru que l’Etat centrafricain existe. Cependant, il est entamé par la crise. Il croit que ce sont les Centrafricains qui doivent régler cette crise et que lui et sa suite feront le devoir d’apporter aux chefs d’Etats de la CEMAC les propositions des Centrafricains pour la sortie de cette crise. Il a souhaité qu’il y ait dialogue, réconciliation et justice puisque d’aucuns ont dépassé les limites. Pour lui, la Commission de la CEMAC est délocalisée afin de permettre à celle-ci de se retrouver dans de bonnes conditions où elle peut faire son travail… « L’Afrique centrale n’a pas abandonné la République Centrafricaine. Nous sommes dans la logique de l’ordre international et tout ce qui se fait est conduit par les Nations-Unies », a-t-il dit.
Concernant la déclaration de guerre faite par le Général Jean-Marie Mokoko aux Anti-Balaka, il a révélé à la presse que cette mission qu’il a conduite, a reçu la délégation des Anti-Balaka… Il a dit non, les soldats de la MISCA ne sont pas venus pour ça, c’est pour sécuriser… Il a rassuré les journalistes que : « les Anti-Balaka ne seront jamais les adversaires des soldats de la MISCA ». La réorganisation des FACA, d’après lui, est un objectif pour restaurer l’autorité de l’Etat.

Frédéric PERRIERE

UN BEBE QUI APPREND A MARCHER SUR SES QUATRE PATTES A FAILLI TOMBER DANS UN PUITS MAL PROTEGE

mars 31, 2014

C’était dans le quartier Kagamangoulou que l’irréparable allait avoir lieu. En effet, il s’agit d’un enfant (bébé) de six mois environs qui apprend à marcher. Très mobile, du matin au soir, on le voit partout, bouger sur ses quatre pattes. Comme dans l’environnement (quartier) on constate un fort taux de naissances (fécondité) des enfants de moins de cinq (5) ans, ceux-ci sont plus nombreux que ceux des autres tranches d’âges. Ceci fait que le tout petit enfant qui apprend à marcher sur ses quatre pattes veut faire de son mieux pour marcher sur ses deux (2) pieds comme ses ainés. C’est alors que sa mère est allée au marché vendre les beignets de soja. Entretemps ses sœurs aînées Jennifer, âgée de cinq ans est la gardienne de sa cadette. Jennifer est entrain de s’amuser avec ses congénères. Celles-ci apprennent à cuisiner à l’aide des jouets. Il convient de mentionner que ce sont des jouets fabriqués à base des objets du ménage et de jouets fabriqués à la maison. On note parmi ces jouets des marmites fabriqués à l’aide des boîtes de tomates et autres. C’est ainsi que Jennifer, emportée par le plaisir du jeu de cuisine, a oublié qu’elle avait sous sa garde sa cadette. C’est en ce moment ci que la cadette de Jennifer, se dirigeait vers un puits non protégé. Le puits se trouvait dans la concession d’un voisin à deux mètres d’une route qui traverse le quartier Kagamangoulou pour aller au marché Tékpa dans le quartier citée Jean XXIII. C’est alors que le bébé s’approchant du puits, à 50 cm seulement quand une passante l’a observé et a crié. « Louti (arrêtes-toi en langue nationale sango) bébé paniquée s’était immobilisée. La passante, a couru rapidement pour venir arracher le bébé. Elle l’a porté dans ses bras et a cherché sa gardienne. La sœur aînée du bébé s’était présentée et cette gentille passante lui a fait des reproches sévères. En la conseillant de bien veiller sur sa cadette, dans le cas contraire sa mère de retour du marché va la frapper. Elle a pris bonne note et s’était retourné à la maison accompagnée de sa cadette. Sans cette passante, on peut deviner la suite c’est une horreur.
Mais, ce n’est qu’un phénomène parmi tant d’autres car pour la plupart des cas les mères des enfants de moins de cinq ans ne se préoccupent pas tellement de la protection de leurs petits enfants et se contentent que de leurs activités ménagères ou commerciales. L’autre cas, c’est le puits non-protégé qui constitue un danger public, les fosses sceptiques non couvertes qui sont des réels dangers pour les personnes non averties.

Jacques-Oscar YOUMERE

DEPECHE RJDH-RADIOS COMMUNAUTAIRES

mars 31, 2014

BANGUI : TRISTES CONDITIONS DE VIE POUR LES DEPLACES MUSULMANS DE LA MOSQUEE CENTRALE
Par faute de l’insécurité qui domine le 3ème arrondissement de la ville de Bangui, nombreuses sont les structures humanitaires et médiatiques présentes en Centrafrique qui craignent de se rendre sur le site de la mosquée centrale. Un site qui a fréquemment été attaqué au cours des derniers mois par des éléments des Anti-Balaka et qui abrite un bon nombre des déplacés musulmans. Des déplacés qui sont aujourd’hui non seulement privés de liberté mais qui vivent dans des conditions difficiles.
Depuis leur arrivé sur le site de la mosquée centrale, les femmes, hommes et enfants déplacés dorment à même le sol, exposés aux piqûres des moustiques. Et chaque jour, nombreux sont ceux qui se forcent à sortir des alentours sécurisés de la mosquée afin d’aller au marché pour y travailler, pour avoir de quoi manger pour la journée. Et malgré la présence de quelques structures humanitaires, beaucoup tombent malade, suite aux mauvaises conditions d’hygiène, aux piqûres des moustiques et au manque de vivres.
Il y a quelques semaines, la mosquée centrale était remplie de milliers de déplacés qui fuyaient les violences, attendant d’être évacués vers les pays voisins. Aujourd’hui, l’imam Ahmadou Tidjiani, en charge du lieu de culte, estime qu’ « au niveau de la mosquée centrale, il y a plus de 700 personnes déplacés, dont certaines ont déjà regagné leurs domiciles. » En effet, comme le RJDH a pu le constater sur le terrain, une partie des déplacés sort le jour pour aller vendre sur le marché afin d’avoir à manger, et ce, malgré l’insécurité qui persiste dans le quartier. L’imam explique : « Nous ne pouvons pas compter sur les aides extérieures. Si quelqu’un veut nous aider, on accepte. Dans le cas contraire on travaille. Car nous avons passé des mois sans aide de l’extérieur. »
Ceci dit, les ventes à PK5 ne sont guère ce qu’elles étaient auparavant. L’imam indique que l’insécurité a eu de graves conséquences sur l’économie du pays. « Aujourd’hui, tout le monde subit les contrecoups de cette crise. Les commerçants ont vu leurs chiffres d’affaire baisser et leurs biens détruits. S’il y a la paix, nous pouvons aider le gouvernement en payant des taxes et impôts, pour permettre un meilleur développement du pays», a t-il suggéré.
«Si aujourd’hui j’ai un message à lancer aux autorités de la transition, c’est qu’il faut exiger l’arrêt immédiat des pillages, viols, vols, tortures, agressions, tueries, et autres formes de violence à l’encontre de la vie humaine. Nous voulons la paix, la liberté, et que la justice puisse faire normalement son travail, pour une bonne cohésion sociale. Arrêtons les négociations avec les groupes rebelles, pour leurs propose des postes ministériels. Cela encourage les gens à créer des groupes de pressions, afin d’avoir un poste. Le mieux est d’intégrer les gens qui ont légalement leurs diplômes. Chaque criminel, qu’il soit Séléka ou Anti-balaka, doit rendre compte de ses actes devant la justice et d’une manière équitable.», a ajouté l’imam Tidjiani.
Pour conclure ses propos, l’imam de la mosquée centrale a exhorté les Séléka et les Anti-Balaka, à arrêter les violences afin de permettre à chaque Centrafricain de vivre en paix. Aux autorités religieuses et aux journalistes, il demande que leur rôle soit d’éduquer et de faciliter la réconciliation. Car leurs propos, dit-il, peuvent pousser les gens à la violence.
Des déplacés en besoin d’aide
Au sortir du bureau de l’imam se trouve Ibrahim, l’un des déplacés, qui explique à quel point les récentes pluies ont affectées leurs conditions de vie. «Nous dormons à la belle étoile. Mais actuellement, nous avons un sérieux problème pour dormir. S’il pleut, l’imam est obligé d’ouvrir la mosquée pour que les femmes et les enfants se mettent à l’abri des intempéries. Mais les bagages et les hommes qui peuvent le supporter restent sous la pluie. Car plusieurs d’entre nous n’ont plus de maison. On a tout perdu. Il faut que la communauté internationale nous vienne en aide. Car le gouvernement n’a rien fait pour nous aider. Si aujourd’hui nous sommes encore en vie, c’est grâce à la MISCA burundaise qui a pu repousser les Anti-Balaka qui étaient venus pour nous lyncher. », dit-il.
Et les accusations portée à l’encontre des Burundais selon lesquelles ces derniers appuieraient militairement les déplacés musulmans ? Aux yeux d’Ibrahim, ce ne sont-là que des rumeurs infondées visant à freiner les éléments burundais dans leurs actions. « Des rumeurs qui courent veulent que les Burundais nous aient fournis des effets militaires. Ce n’est qu’une intoxication de la part de gens de mauvaise foi !» Quant aux non-musulmans qui craindraient de leur côté de se rendre à PK5 ou aux alentours de la mosquée centrale, Ibrahim indique qu’il y a « des chrétiens et chrétiennes qui viennent chaque jour au niveau de la mosquée pour vendre des légumes et bien d’autres articles, ou rendre visite à leurs parents qui sont ici. Et ils ne sont pas du tout agressés. »
C’est d’ailleurs sur l’avenue Koudoukou – surnommée par plusieurs « Corridor de la mort » – qu’exerce Rébecca Touzou, paroissienne de l’Eglise des Frères de Castors et vendeuse de légumes à la mosquée centrale. Elle confirme vivre en parfaite harmonie avec les déplacés musulmans. « Depuis que je vends mes articles ici, je n’ai jamais été agressée par mes frères musulmans. Mais ce que nous déplorons tous ici, c’est le comportement des jeunes musulmans drogués, qui restent dans les ruelles pour agresser et tuer des gens. C’est pourquoi nous demandons aux autorités de transition, à la Communauté Internationale, et aux Forces Internationales qui sont sur le terrain actuellement, de renforcer la sécurité. Nous lançons un appel à la population centrafricaine de ne pas avoir peur de venir au KM5, pour faire leurs courses. Les musulmans sont aussi nos frères », a-t-elle déclaré.
Des vendeurs et des humanitaires, malgré l’insécurité
De retour sur le site, se trouve Fatimé Abderrahmane, doyenne d’un foyer de 15 personnes, qui explique comment elle et les siens vivent sur le site. « C’est depuis le 5 décembre 2013, que nous sommes sur le site ici. Mais depuis notre arrivée, mis-à-part la visite d’aujourd’hui par le Conseil Danois pour les Réfugiés qui est venu pour nous donner à manger, nous n’avons reçu aucune aide alimentaire. Pour des questions sanitaires, Médecins Sans Frontières (MSF) a mis à notre disposition un centre de santé, qui nous donne des médicaments gratuitement. Mais pour des cas graves, les personnes sont évacuées ailleurs. Chaque jour, nous sommes obligés de rester à l’intérieur, par peur d’être agressés », a-t-elle dit.
C’est dans une petite pièce adjacente à la mosquée que les travailleurs de MSF du site consultent les malades. Les examens s’y déroulent et les médicaments y sont gratuits. En cas de paludisme chez les enfants, les mamans reçoivent des moustiquaires, et des médicaments tels que l’albéndazole, le métronidazole, le paracétamol et autres pour traiter les parasites intestinaux. Quant aux cas plus graves, ils sont évacués vers d’autres structures de santé de la ville tenus par MSF.
Du côté alimentaire, le responsable de la distribution d’urgence du Conseil Danois pour les Réfugiés (DRC) fait de son côté savoir que la distribution en cours au moment de la visite du RJDH « a connue des retards par la faute de l’insécurité qui règne encore dans le secteur. Mais pour le moment, il estime qu’il est nécessaire de construire le plus possible de tentes et d’abris pour éviter des cas des maladies plus graves.
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BANGUI: CATHERINE SAMBA-PANZA, ANNONCE LA REINSERTION SOCIALE DES ANTI-BALAKA ET DES EX-SELEKA
Après la reprise des violences dans la capitale Bangui, la Présidente de transition Catherine Samba Panza, énumère une série d’actions qui vont être menées pour ramener la paix dans le pays. Ces actions incluent notamment le démantèlement de tous les groupes armés et le réarmement progressif des forces nationales de défense et de sécurité
« L’horreur des atrocités dépasse notre entendement humain et chaque jour qui passe nous enfonce encore un peu plus dans l’abîme », déplore aujourd’hui la Présidente de transition, deux mois après sa prise de fonction, en faisant remarquer au passage que la question de sécurité concerne tous les Centrafricains.
Pour sortir de cet engrenage, elle annonce un certain nombre d’actions qui seront bientôt exécutées. Et de préciser que des projets de réinsertion des Anti-Balaka sont en cours d’élaboration traitement afin que ces derniers puissent retourner dans leurs villages. « Je suis en réflexion avancée avec le ministère de l’Agriculture et la communauté internationale pour faciliter leur retour et leur offrir à cette occasion, des kits pouvant leur permettre de reprendre leurs activités agricoles », explique-t-elle.
Pour ce qui concerne les ex-Séléka, Catherine Samba Panza annonce que des procédures de cantonnement sur trois sites à Bangui sont en cours d’analyse. « Nous sommes en dialogue avec leurs responsables et la communauté internationale pour leur offrir des perspectives de retour, en attendant la mise en place d’un programme de Désarmement, de démobilisation et de la réinsertion (DDR) ».
Les forces centrafricaines de défense et de sécurité bientôt réarmées
Parmi les autres mesures bientôt mises en eouvre, figure le rearmement des forces armees nationales pour qu,elles puissent assurer la securite des citoyens car, rappelle la Presidente Catherine Samba Panza, « depuis le 24 mars 2013, toutes les forces de défense et de sécurité ont été défaites sur l’ensemble du territoire. Toutes les casernes ont été pillées et aucune poudrière n’a été épargnée. La coalition Séléka dans sa progression vers Bangui et après sa victoire, a récupéré toutes les armes qu’elle a trouvées ».
La police et la gendarmerie n,ont pas été epargnees, mais elle rassure en annoncant que suite aux multiples interpellations, « le Conseil de Sécurité, a mis en place un comité spécial de sanction pour notre pays. Ce comité a dépêché une équipe d’experts présents dans nos mûrs pour nous aider à formuler des demandes de dérogations surtout pour le réarmement graduel des forces de police et de gendarmerie »
Dans son propos, la présidente a tenua clarifier le role de la Mission internationale de soutien de Centrafrique (MISCA) et l’opération des éléments de la SANGARIS : elles ont reçu mandat du Conseil de Sécurité de rétablir l’ordre en Centrafrique de procéder au désarmement de toutes les milices et d’appuyer la transition en cours.
S’agissant des rumeurs d’une éventuelle partition de la Centrafrique, Catherine Samba Panza souligne que l’administration centrafricaine se déploie progressivement et partout sur l’ensemble du territoire national. « Mon ambition est de conduire la transition de manière consensuelle et inclusive, jusqu’au rétablissement de l’ordre constitutionnel à l’issue des élections libres et transparentes ».
« Je demande aux jeunes, aux femmes et à toutes les personnes éprises de paix de ne pas céder aux manipulations des aventuriers qui veulent déstabiliser la transition et l’empêcher d’atteindre ses objectifs. Qu’ils usent de tous les moyens possibles pour barrer la route aux forces négatives », a-telle conclu.
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KABO: DES CENTAINES DE MAISONS ECROULEES SUITE A UNE INONDATION
Plus de trois cent maisons se sont écroulées à la suite d’une pluie diluvienne qui s’est abattue mercredi dernier sur la ville de Kabo (nord). Les sinistrés se sont réfugiés chez des proches parents et des voisins, dans l’attente d’une éventuelle assistance.
« Environ 336 maisons, dont 280 au camp des déplacés du site N°2 ont été détruites à la suite des inondations. Plusieurs personnes dont le nombre est encore inconnu sont sans abri et manquent de vivres, parce que leurs domiciles ont été détruits par des eaux de pluie », a expliqué Anastasie Djago, agent de santé à l’ONG ‘’Médecins Sans Frontières’’ (MSF Espagne)
Parmi les victimes de ces inondations, les personnes les plus touchées sont les déplacées venus des villages de Pouloungou 1 et 2, de Kabaye, de Mira 1, de Béhiri, de Békondjo et de Ndabala 1, d’après l’agent de santé. Ces personnes qui ont fui les exactions des éleveurs peulhs et des éléments de l’ex-coalition Séléka, ont été regroupées sur le site 2.
Marc Tondjéma, une des victimes, a indiqué que les déplacés ont des difficultés à s’approvisionner en vivres, parce que leurs réserves ont été détruites par la pluie. La réhabilitation des maisons serait difficile, puisque le vent a emporté les bâches.
« Nous sommes devenus encombrants pour les familles d’accueil, parce que nous dépendons totalement du chef de ménage. Nous avons tout perdu, il nous faudra du temps pour nous réinstaller et reprendre une vie normale », a-t-il martelé.
Marc Tondjéma lance un appel à l’aide au gouvernement et aux ONG nationales et internationales, afin de secourir les sinistrés, qui sont dans une situation de détresse.
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BOUAR : APPEL AU SECOURS DES DEPLACES DU VILLAGE DE ZAÏRE
Les conditions de vie des habitants du village Zaïre situé à 124 kilomètre de ville de Bouar (ouest), contraints de vivre dans des camps de fortune après l’attaque de leur village par des éleveurs peulhs armés, sont devenues très alarmantes. Ces personnes manquent de tout et appellent les organisations internationales humanitaires à voler à leur secours.
« Nos conditions de vie ne ressemblent plus à celles des humains. Nous dormons avec nos femmes et enfants à même-le-sol, nos habits sont tout déchirés, nous n’avons pas de nourriture. Lors de l’attaque de notre village, les éleveurs peulhs ont d’abord détruit nos champs, avant d’incendier nos maisons », s’est plaint Etienne Boumaï, le chef du village Zaïre.
Jules Tessere, un officier des Forces armées centrafricaines (FACA) envoyé en mission par l’Etat major dans cette zone, a témoigné avoir récupéré trois peulhs qui étaient encore dans le village. « Les autres ont dû quitter après l’attaque, mais les trois autres ont fait savoir qu’ils n’ont rien à voir avec ces exactions, donc ils ne peuvent pas quitter la localité », a-t-il expliqué.
Parmi les trois peulhs se trouve un enfant de quatre ans, qui était resté seul sans parents, et deux jeunes hommes âgés d’une vingtaine d’années. Ces personnes ont été ramenées sur Bouar, où ils bénéficient de la protection des autorités locales.
Le dimanche 16 mars, des éleveurs peulhs appelés communément "Alngamba" avaient attaqué le village Zaïre. Huit personnes avaient été tuées et 250 maisons incendiées.
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BANGUI : LA PLUIE OBLIGE CERTAINS DEPLACES A REGAGNER LEURS DOMICILES
Les habitants des quartiers de Catin et de Guitagola (Sud de Bangui) qui se sont réfugiés dans le site des déplacés de la paroisse Saint Joseph de Mukassa, le weekend dernier, ont commencé à regagner leur domicile. Ce mouvement fait suite à la pluie qui s’est abattue sur la ville de Bangui mercredi dernier.
Le coordonateur du site des déplacés de la paroisse Saint Joseph Mukassa, Jean-de-Dieu Kossi, a expliqué que le weekend dernier, 19,260 personnes avaient été enregistrées à nouveau après les violences qui ont repris dans certains quartiers sud de Bangui. Suite à la pluie, certaines personnes ont regagné leurs maisons.
« Quelques déplacés ont regagné leurs domiciles hier dans l’après midi à cause de la pluie battante. Les conditions dans lesquelles vivent ces personnes sur le site sont très déplorables surtout lorsqu’il pleut. Le vent d’hier a arraché quelques tentes, la concession a été submergée des eaux de pluie », a-t-il dit.
Marcel Pelopé, chef de ménage, est l’un des déplacés qui ont regagné leurs domiciles. Il a justifié son retour à la maison par le fait que le calme revient petit à petit dans son quartier. « Au lieu de rester à la paroisse sous la pluie, exposé aux piqûres des moustiques, je préfère ramener ma famille à la maison, afin d’éviter le paludisme et d’autres maladies», a-t-il ajouté.
Malgré des tirs sporadiques qui se poursuivent dans certaines localités du 3ème arrondissement, Jocelyne Yambimba, mère d’une famille a décidé de rentrer chez elle. « Les conditions dans lesquelles j’ai vécu avec mes enfants sur le site étaient dures. Nous dormions à même-le-sol et hier encore, la concession s’est inondée après notre départ », a-t-elle raconté.
Jean-de-Dieu Kossi, coordonateur du site de déplacés de la paroisse Saint Joseph Mukassa trouve qu’ils vivent dans des conditions difficiles. Depuis leur arrivée sur le site au mois de janvier, ils n’ont réussi aucune assistance.

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CENTRAFRIQUE : « QUI PEUT CROIRE QUE LES ELECTIONS AURONT LIEU DANS QUELQUES MOIS ? »

mars 31, 2014

En poste à l’ambassade de France à Bangui de 2008 à 2012, chargé des Affaires culturelles et de la coopération, Didier Niewiadowski analyse les raisons de la recrudescence de la violence observée ces derniers jours. Selon la Croix-Rouge locale, au moins une vingtaine de personnes ont trouvé la mort depuis samedi, dans les affrontements qui ont éclaté aux abords des dernières enclaves musulmanes de la capitale centrafricaine. Celles-ci subissent sans discontinuer les assauts des milices anti-balaka qui veulent forcer ces communautés à quitter le pays, les jugeant collectivement complices des exactions commises jusqu’à l’intervention française par les ex-rebelles de la Séléka (à dominante musulmane).

Comment expliquez-vous cette nouvelle flambée de violences ?
Les milices anti-balaka, souvent dénommées à tort «milices chrétiennes» par opposition à l’ex-Seleka musulmanes, ne sont toujours pas cantonnées à ce jour et encore moins désarmées, et cela en dépit des résolutions de l’ONU et de l’Union africaine. Cette situation les autorise à perpétrer leurs exactions en toute impunité. Les désœuvrés – paysans spoliés, coupeurs de route au chômage, enfants des rues non scolarisés – ont été rejoints par d’anciens militaires des Forces armées centrafricaines et par des boutefeux partisans de l’ancien président Bozizé, déposé il y a un an.
Ce ramassis, tout aussi inorganisé que l’ex-Séléka mais éparpillé en des groupuscules de quelques individus, se trouve livré à lui-même, obligé pour survivre de s’emparer des biens d’autrui et le plus souvent avec une violence extrême. Surtout lorsque l’animisme et les croyances d’un autre âge prennent le dessus. Le cannibalisme n’est pas étranger aux Bantous et aux peuples de la forêt. Ces «antiballes AK» (portant des gris-gris contre les balles des kalachnikovs AK 47) ne craignent personne car ils se croient invulnérables, surtout lorsqu’ils sont drogués. Ils peuvent donc accomplir les actes les plus odieux : d’abord sur les musulmans, mais aussi sur tout quidam. La criminalisation de ces groupuscules, capables de se fondre dans la population (ce qui n’était pas le cas de la Séléka), augmente avec l’anarchie. Une criminalisation qui n’était pas prévisible lors de la constitution des forces internationales et de la force Sangaris, et qui compromet gravement le retour à l’ordre public.

Quelles peuvent être les conséquences à moyen terme de la poursuite de ces exactions et du départ massif des musulmans?

Outre la disparition du cheptel de la communauté des Peuls Bororos, la filière de l’exportation de l’or et diamants – jadis largement aux mains des Sénégalais, Soudanais et Mauritaniens – et les circuits commerciaux d’importation et de distribution – contrôlés en grande partie par des Tchadiens, Nigérians, soudanais et Libanais chiites – sont désormais en déshérence. Au-delà de ces répercussions économiques, des répliques politiques sont prévisibles. La force Sangaris aura des difficultés à répondre aux accusations de nombreuses organisations musulmanes d’avoir favorisé le départ des musulmans en désarmant prioritairement les Séléka et en poussant au départ de Michel Djotodia (ancien chef de la Séléka, démissionnaire en janvier dernier). La ghettoïsation des musulmans dans une quinzaine de sites à l’ouest de la République centrafricaine et à Bangui ne fera qu’aviver le désir d’en découdre des groupes islamistes radicaux qui n’attendaient que cela pour prendre leur revanche après l’opération Serval au nord du Mali. Pour eux, les frontières étatiques n’existent pas.

Que fait le nouveau pouvoir dirigé par Catherine Samba-Panza?

Le gouvernement nouvellement élu est tombé dans les mêmes travers que les précédents. Samba-Panza et son gouvernement pléthorique – flanqué de 35 conseillers contribuant à faire régner la confusion et la prédation – n’ont aucune prise sur les événements. L’Etat est toujours dans un coma profond. Comment se fait-il que les leaders anti-Balaka ne soient pas arrêtés? Que les criminels ne soient pas traduits en justice?

Les premières nominations sous la présidence de Catherine Samba-Panza ont surpris car le népotisme et le clientélisme, si souvent décriés en RCA, sont revenus au galop. Des personnalités loin d’être irréprochables se sont retrouvées une nouvelle fois «à la mangeoire». La déception est grande dans les milieux centrafricains de la diaspora mais aussi chez les observateurs étrangers. Serait-ce maintenant le tour des amis de la Présidente désignée par 75 membres sur 135 du Conseil national de la transition (Parlement par intérim, ndlr) ? Les notables de la région natale de la Présidente, la Ouaka, et les Gbanziris (sa communauté, ndlr) vont-ils succéder aux Gbaya de Bossangoa? Va-t-on, comme toujours en RCA, créer des Hauts conseils, des agences, des commissions, faire financer des études de faisabilité, organiser des voyages incessants à l’étranger souvent rémunérateurs pour l’import-export. L’urgence est au développement social, à la reconstruction de la voirie urbaine et l’accessibilité des chefs-lieux de région. La mobilisation des ingénieurs, techniciens, travailleur sociaux et professeurs centrafricains est prioritaire.

Comment faire pour stopper cet engrenage ?

Qui peut encore croire que des élections démocratiques pourront avoir lieu dans quelques mois alors qu’il y a un million de déplacés, 500 000 réfugiés et que la moitié de la population est en état de survie? La saison des pluies arrive avec toutes ses conséquences dramatiques pour la population, déplacée ou non. Il faut faire preuve d’imagination car les vieilles recettes de sortie de crise ne marcheront pas. C’est privilégier la facilité, mais encourir aussi un cuisant échec que d’imaginer sortir de la crise par des élections avec une organisation étatique similaire, en appuyant la reconstruction d’un Etat central et en ne s’interrogeant pas sur les idées fédérales et la décentralisation territoriale. Et en raisonnant dans un cadre uniquement étatique alors que la crise est aussi régionale.
En tout état de cause, la transition semble mal partie, encore une fois. Devant ce constat, ne faudrait-il pas envisager une forme de curatelle, et non de tutelle, en Centrafrique ? Cela permettrait de maintenir les institutions centrafricaines pour assurer la gestion quotidienne du pays, une représentativité internationale et une reprise en main progressive des secteurs régaliens. Mais la curatelle confierait à une organisation ad hoc, par exemple au Bureau des Nations unies (déjà présent à Bangui), épaulé par une administration dédiée, la gestion des programmes internationaux de relèvement de l’Etat, le paiement de ses agents, les programmes humanitaires, les financements des pôles de développement à mettre rapidement en place. Et, à terme, le processus électoral tel qu’il sera précisé par la Constitution de la nouvelle RCA. Il faut aussi, sans tarder, que la Cour pénale internationale ouvre le processus de création d’un Tribunal spécial sur la Centrafrique pour mettre fin à l’impunité.

Thomas HOFNUNG

La UNE et L’Éditorial de Julien BELA : KM5 : LE COULOIR DE LA MORT

mars 28, 2014

CM N° 1709 du Ve 28 mars 2014

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